« Nocturnes » est un receuil de textes et de dessins sous la forme d’un livre de 22 pages. Il est imprimé en Riso dans mon appartement et façonné comme il se doit sur mon bureau. 

Il est à lire sous une couverture avec une lampe de poche, sous un lampadaire sur un banc public ou bien à la lumière de la pleine lune, l’été, dans un champ.

Parfois, assis sur son fauteuil, une tête se laisse porter par le présent. Le présent, ange gentil, lui permet d’entendre les grandes vitres irrégulières du salon. Sable chauffé, la vitre a d’abord été un corps incandescent, puis on se met à souffler dans cette grande masse rougeoyante. La vitre éclaire l’atelier du verrier. Elle est de la lumière et du souffle.

La tête comprend que la vitre est d’abord lumière avant de la laisser passer.

Parfois miroir, parfois paysage, la grande vitre chuchote les histoires du passé qu’elle a vu ou laisser voir.

La grande vitre paraît sage, elle ne s’est pas brisé, et résiste aux assaut des fenêtres en pvc qui isole bien mieux qu’elle.

La grande vitre est la grande soeur de toutes ces fenêtres qui peuplent la ville. Fenêtres qui observent les rues de jour comme de nuit. Grands yeux sombre le jour, ouverture lumineuse la nuit. Elle observe nos destins et se regardent, ayant l’air de dire :

– « et toi, que contient-tu ? »

-« Une tête qui vibre, et cette nuit elle vibre au rythme d’une respiration. Et toi ? »

-« Une tête qui pense beaucoup, un peu trop parfois. Une tête qui n’aime pas ne pas savoir et toi ? »

-« Une tête qui se souvient, qui fuit l’obscurité dans ses bonheurs passé, une tête qui est triste. »

-« Et moi, j’en ai plein des têtes, elles se regardent, elles dansent et oublient que la nuit est nuit »